De l’empreinte au mouvement / 4 mai 2019

IMG_2471A l’occasion de la dernière journée de l’exposition « Trame de soi fête ses 15 ans » à l’Atelier 28, j’ai réalisé une performance parlée-dansée en collaboration avec Joane Auber, Amandine Chancel et Milena Mogica. Nous l’avons intitulé De l’empreinte au mouvement… 

A l’origine de cette performance : mes voiles, empreintes de mon environnement végétal et qui seconde ma peau dans mes rapports au monde. J’ai voulu les partager avec cette actrice et ces deux danseuses. Mais quel liens pouvaient avoir ces sensations que j’exprime à travers la teinture, avec le mouvement qui est un mode d’expression tout autre… ? et qui, pourtant, peut dire les mêmes choses ou, du moins, des choses d’un ordre très comparable… ? Ainsi, cette performance était la première exploration des résonances entre art textile et danse. La peau, la main et le regard étaient à l’honneur…

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Photos : Danielle Boisselier.

Catalogue : Trame de soi fête ses 15 ans…

Trame de soi, association qui travaille à la promotion de l’Art textile contemporain, fête ses 15 ans cette année. J’ai eu le plaisir de participer à cet événement qui a pris corps à travers deux expositions et un catalogue. L’ouvrage, plus qu’un simple catalogue d’exposition, présente des œuvres des membres actifs de l’association ainsi que des membres fondateurs. Il s’y voit la diversité des pratiques artistiques textiles que cette association a réussi à fédérer.

https://tramedesoi.wordpress.com

Les cartons des deux expositions :

exposition 15 ans_Trame de soi_Martine Meyrieux

exposition 15 ans_Trame de soi_Atelier 28

Le catalogue qui, lui, est toujours disponible à la vente….

Couverture

Soutenance de thèse !

carton soutenance

L’Œuvre-enveloppe :

Essai sur les devenirs-interface de l’œuvre plastique en sculpture et dans les arts textiles

Cette thèse propose de s’appuyer sur le concept d’enveloppe pour aborder la création contemporaine, notamment dans les domaines de la sculpture et des arts textiles, depuis les années 1960. Ce mot sert de fil conducteur à une pratique plastique en même temps qu’à une réflexion théorique, l’une et l’autre dialoguant et se développant de concert. Ainsi, tout au long du texte viennent s’intercaler les images d’un travail personnel qui cherche à entrer en résonance avec les œuvres de nombreux artistes que nous analysons tout au long de notre réflexion.

Dans un premier temps, nous cherchons à définir les caractéristiques d’une enveloppe et à trouver comment elles se manifestent. Pour ce faire, nous essayons de créer une typologie des différentes formes d’enveloppe dans l’art contemporain. Trois entrées principales sont proposées : l’emballage, le vêtement et la peau. Ensuite, délaissant le substantif, nous nous attachons à l’adjectif, enveloppant et au verbe, envelopper, qui nous permettent d’envisager l’enveloppe non plus de manière figée, mais comme une matière souple, évolutive, ou bien comme un mouvement d’enroulement répété qui anime la pratique de certains artistes. Le concept d’enveloppe devient quelque chose d’ouvert, un point d’appui pour penser les processus créatifs. L’idée d’une œuvre-enveloppe est alors le moyen de ne plus considérer l’œuvre plastique uniquement sous la forme d’un objet fini, isolé. Elle offre, au contraire, la possibilité de la percevoir comme une paroi vibrante qui serait une interface entre l’artiste, sa perception singulière du monde, et une matière, de même, qu’entre cette matière transformée et un spectateur, n’existant que par et pour leur rencontre.

 

The Enveloppe-artwork:

Essay on the becoming-interface of the artwork in sculpture and textile arts

This thesis will approach contemporary creation – with a focus on sculpture and textile arts from the ‘60s onwards – through the French concept of the enveloppe. This concept is the red thread that binds together the material aspect of an artistic practice together with the rhetorical thinking behind it. Thus, this text is intertwined with images from the author’s personal practice, echoing the numerous other artist’s works that we be analysed as this reflexion develops.

In a first part, we will aim at defining the characteristics of an enveloppe together with the mechanisms of its manifestation. For that purpose, we intend to create a typology of the various forms an enveloppe takes in contemporary arts. We will suggest three main to categorise these types: the packaging, the cloth and the skin. Then, leaving behind the substantive, we will attach ourselves to the adjective ‘enveloping’ and the verb ‘to envelop’, allowing us to approach the envelope not only as a still object, but also as a versatile, evolving material, or as a movement of repeated enrolment as used in some artists’ practice. The concept of enveloppe therefore opens up to become a starting point for the creative process. Consequently, the idea of an ‘enveloppe-artwork’ not only allows us to consider the physical artwork as a finished and isolated object, but also offers the possibility to perceive it as a vibrant wall, an interface between the artist – his/her singular perception of the world – and a material, a substance; between the transformed material and the viewer, existing only from and through their encounter.

Sculpture 2015

La Toilette (Traîne), 2015.

croquets,‭ ‬fils de coton,‭ ‬lin et jute crochetés,‭ ‬tressés‭ ; ‬grès émaillé, installation de ‬dimensions variables.

traîne

Les fils peuvent-ils devenir des traces‭ ? ‬Ou bien,‭ ‬sont-ils des lignes étirées à partir de points,‭ ‬ancrées à ceux-ci‭ ? ‬Depuis le point premier de ma naissance,‭ ‬je déroule la pelote de ma vie mais,‭ ‬parfois,‭ ‬le fil‭ ‬n’est-il pas trop court pour que je puisse continuer à avancer‭ ? ‬Peut-être suis-je attachée à mon passé,‭ ‬emmêlée dans mes souvenirs et toutes les apparences que je dois tenir.‭ ‬Jour‭ ‬après jour,‭ ‬ma maison se‭ ‬remplit d’objets,‭ ‬mon cerveau de souvenirs,‭ ‬tout s’alourdit.‭ ‬Je comprends alors que certaines personnes aient fait le choix,‭ ‬un jour,‭ ‬de tout abandonner,‭ ‬de couper les amarres,‭ ‬de‭ «‬s’évaporer‭» ‬comme disent les japonais à ce propos.

Série d’objets fantômes 2014-2015

J’ai d’abord réalisé la série Spectre puis se sont agrégé autour de ces dessins brodés une série d’objets disparates qui ont été présentés, lors de l’exposition « Japan Blue » au Centre Hospitalier Saint Luc Saint Joseph à Lyon, sous le titre :

Mononoke, objets fantômes et autres reliques, 2014-2015.

Mononoke, objets fantômes et autres reliques est composé entre autres de :
Spectres, broderie sur papier, 6 éléments de 19 x 25 cm chacun.
Kimono, mousseline de soie, 87 x 72 cm.
Sac à cheveux 1, gaze, dentelle, restes de coquille, épingles et cheveux, env. 18 x 56 x 5 cm.
Sac à cheveux 2, fils de laine et synthétique, gousses, épingles, env. 10 x 40 x 6 cm.

 

 

À l’origine de cette série d’œuvres, il y a aussi probablement, la lecture d’un roman de Christine Montalbetti, L’Évaporation de l’oncle, dont l’histoire se déroule au Japon. Un oncle, un matin, avant que la maisonnée ne se réveille, s’en va pour ne plus revenir. Il disparaît, s’évapore, mais son souvenir énigmatique persiste de nombreuses années encore, hantant l’esprit de son neveu. La couleur blanche est celle qui symbolise la mort au Japon. Mais faut-il impérativement être mort pour devenir un fantôme ? Comment de tels spectres « naissent »-ils ? Ainsi, certains objets ont la capacité de garder vivant, en eux, le souvenir d’une personne. Ce sont souvent des choses qui ont été en contact avec le corps disparu : un vêtement ou une poignée de cheveux, par exemple.
Le mot japonais « mononoke » porte le sens de « monstre », « fantôme » ou « esprit ». Les idéogrammes qui le composent signifient littéralement « l’esprit d’une chose ». Les mononoke font partie des yokai, ces apparitions étranges qui ont une place importante parmi les créatures surnaturelles du folklore japonais. Ainsi, au Japon, on pense que dans certains objets se cachent des esprits et que la nuit, ceux-ci s’animent.
Dans mon atelier, traînent de nombreuses œuvres abandonnées parce que j’ai échoué à leur trouver une forme finale. Cependant, je n’ai pas le cœur à les jeter. Alors, tels des fantômes, elles viennent parfois me hanter. Elles semblent à jamais vouées à l’inachèvement, état intermédiaire entre vie et mort.
Broderies incolores, vêtements esseulés, sacs-reliquaires, entre autres morceaux et restes : les voilà réunis pour dialoguer avec mes rêveries et mes craintes nipponnes, pour qu’un jour, peut-être, je puisse les laisser s’évaporer.
« Car c’était bien ça, à mesure qu’il cheminait dans la nuit, le mouvement de se défaire progressivement de tout, à chaque pas qu’il faisait d’abandonner quelque chose de son existence, un petit bout qui s’en allait choir au sol ou qui disparaissait dans l’air.
(…) c’était faire peau neuve, et voilà ce que l’oncle abandonnait dans la nuit japonaise, progressant dans l’obscurité et le vent, les parcelles vides et translucides de sa mue, les débris de sa vieille peau transparente et ancienne, dont désormais il ne voulait plus, et dont il était en train de se dépouiller, qui se détachait, un à un , opalescents et grisâtres, et qui voltigeaient comme ça autour de lui, qu’il laissait se décoller et flotter dans son sillage, pour avancer corps glorieux et neuf, absent à lui-même, ouvert à toutes les identités. »
Christine Montalbetti, L’Évaporation de l’oncle, Paris, P.O.L, 2011, pp.102-103.

 

Texere Praxis

Performance pour 4 danseurs et un musicien
Co-créée par Ludmilla Coffy, Milena Mogica-Bossard, Charlotte Limonne et Claire Revol,                 à partir d’une idée de Charlotte Limonne, sur une proposition sonore de Alice Calm.
Avec les soutiens de Trame de soi et de la compagnie des Chapechuteurs.

L’idée de cette performance naît de la découverte des exceptionnelles machines en bois qui fabriquaient dans la vallée du Dorlay  toutes sortes de tresses, lacets et autres passementeries d’une grande beauté et d’une grande qualité. Elles fonctionnent encore dans l’atelier de la Maison des tresses et lacets et, la vision de leur ballet est surprenante, envoûtante. Pourtant, beaucoup des possibilités de ces machines tresseuses ont été perdues. Les derniers schémas tracés sur de vieux papiers expliquant des montages en vue de la réalisation de motifs oubliés de tresses, cordons ou galons, sont devenus indéchiffrables. Les métiers à tresser ne pouvant plus danser sur ces partitions, les artistes ont voulu remplacer les fils pour éviter que disparaissent à jamais ces gestes et les motifs qu’ils produisent.
La danse du métier à tresser, de ses cannettes qui tournent sur elles-mêmes, ondulent et se croisent puis auparavant, la ritournelle des fils que l’on enroule autour des cannettes, tous ces mouvements rythmés et leurs variations répétées peuvent également évoquer notre époque moderne et industrialisée ainsi que les relations humaines que l’on peut y tisser.

Cette performance a été exécutée deux fois (à 15h et 17h) le dimanche 30 août 2015 dans la cour de la Maison des Tresses et lacets à La Terrasse-sur-Dorlay (Loire). Les photographies qui suivent sont de Danielle Boisselier (que je remercie chaleureusement pour son regard aiguisé) :

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Catalogue d’exposition 2015

Tresses entre lacets, Catalogue d’exposition (exposition collective organisée par le collectif d’artistes Trame de soi), avec les photographies de Claire Defosse et Danielle Boisselier, le texte d’introduction de Itzhak Goldberg, la mise en page de Charlotte Limonne et Julie Roux, Lyon, Trame de Soi éditions, 2015. 21 x 21 x 0,4 cm, 48 pp. couleurs.

Vue de la couverture…

catalogue TDS couverture

Si vous êtes intéressé pour acheter cet ouvrage (prix : 12 euros), n’hésitez pas à me contacter ou à vous adresser directement à Trame de soi (tramedesoi@yahoo.fr).

Sculpture 2015

Cuirasse, 2015.

Lacet,‭ ‬fils à broder,‭ ‬grès émaillé‭ ; ‬support en bois, 145‭ ‬x‭ ‬50‭ ‬x‭ ‬35‭ ‬cm.

Exposition Tresses et lacets par Trame de soi. La maison et tresses et lacets, 42 Terrasse-sur-Dorlay, de mars à juillet 2015.

Photographie : Claire Defosse

« ‬Lacer,‭ ‬c’est‭ « attacher les deux parties d’un objet‭ (‬généralement un vêtement,‭ ‬une chaussure‭) ‬au moyen d’un lacet qui passe alternativement de l’une à l’autre »‭.‭ ‬Ma sculpture commence par ce geste‭ ‬:‭ ‬réunir par un lacet deux épaules,‭ ‬les lacer fermement l’une à l’autre pour former un corps.‭
Le laceur est l’ouvrier qui confectionne les filets.‭ ‬Me voilà donc laceuse‭ ‬:‭ ‬je fais un filet avec ces lacets noués aux épaules cuirassées.‭ ‬Mais le tissu formé est lâche,‭ ‬ouvert.‭ ‬Il semble plus dissoudre la surface du vêtement,‭ ‬que vraiment la tisser.‭ ‬Finalement,‭ ‬je fabrique la trace d’un vêtement qui aurait été une carapace,‭ ‬avec ses écailles.‭

« Cuirasse lourde,‭ ‬pesante,‭ ‬rigide‭; ‬cuirasse du chevalier‭; ‬cuirasse d’acier,‭ ‬d’airain,‭ ‬de bronze,‭ ‬de fer‭; ‬lacets de la cuirasse,‭ ‬poids de la cuirasse‭; (‬une‭) ‬cuirasse‭ (‬qui‭) ‬brille,‭ (‬qui‭) ‬étincelle‭; ‬endosser,‭ ‬déboucler,‭ ‬défaire,‭ ‬délacer sa cuirasse.‭  » ‬Cette définition du mot est presque un poème qui me fait me demander‭ ‬:‭ ‬La cuirasse est-elle une protection ou un objet d’apparat‭ ? ‬Elle semble paradoxale,‭ ‬en voulant tout à la fois cacher le corps et le montrer dans toute sa puissance.‭ ‬Le filet qui sert à la chasse et à la pêche peut être une arme.‭ ‬Il est ici,‭ ‬une nasse,‭ ‬un piège pour notre regard qu’il attire entre ses mailles.‭ »‬